Évangile selon Marie-Madeleine
Origine copte datée du 2e siècle (carbonne 14), avant que ne soient définitivement adoptés les textes officiels devant composer la Bible. Dommage qu’il ne soit pas complet car il apporte au moins trois éléments importants supplémentaires sur les textes officiels de la Bible.
Il illumine sur les croyances de cette communauté chrétienne qui fut la première après celle des Juifs déracinnés du bord du Nil par Trajan. Ensuite, on y trouve des éléments philosophiques dramatiquement absents des textes officiels et qui abordent des questions existentielles légitimes: l’origine de la matière, la consistance de l’âme, la place du corps et de l’esprit... on préterait habituellement les réponses offertes à celles des courants ésotériques de l'Egypte ancienne et du Bouddhisme, preuve qu’il n’y a pas un grand fossé entre les religions. Enfin, il s’agit d’un témoignage de femme, point de vue très largement écarté dans le nouvel Evangile. Hors, tous les propos recueillis ici comme dans les autres textes établissent que le Christ a reconnu l’égalité potentielle des sexes.
6 premières pages manquantes au manuscrit retrouvé.
[...]
[PAGE 7 ]
« Qu'est-ce que la matière ? Durera-t-elle toujours ? »
Le Maître répondit : « Tout ce qui est né, tout ce qui est crée, tous les éléments de la nature sont imbriqués et unis entre eux. Tout ce qui est composé sera décomposé ; tout reviendra à ses racines ; la matière retournera aux origines de la matière. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. »
Pierre lui dit : « Puisque Tu te fais l'interprète
des éléments et des événements du monde, dis-nous : Qu'est-ce que le péché
du monde ? »
Le Maître dit : « Il n'y a pas de péché. C'est vous qui faites exister
le péché lorsque vous agissez conformément aux habitudes de votre nature adultère
là est le pêché. Voilà pourquoi le Bien est venu parmi vous ; Il a participé
aux éléments de votre nature afin de l'unir de nouveau à ses racines. »
Il continua et dit « Voici pourquoi vous êtes malades et pourquoi vous
mourrez, c'est la conséquence de vos actes ; vous faites ce qui vous éloigne...
Comprenne qui pourra ! »
[PAGE 8]
« L'attachement à la matière engendre une passion contre nature. Le trouble naît alors dans tout le corps; c'est pourquoi je vous dis « Soyez en harmonie... » Si vous êtes déréglés, inspirez-vous des représentations de votre vraie nature. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. »
Après avoir dit cela, le Bienheureux les salua tous en disant « Paix à vous, que ma Paix naisse et s'accomplisse en vous ! Veillez à ce que personne ne vous égare en disant « Le voici, Le voilà. » Car c'est à l'intérieur de vous qu'est le Fils de l'Homme ; allez à Lui : ceux qui Le cherchent Le trouvent En marche ! Annoncez l'Évangile du Royaume. »
[PAGE 9]
« N'imposez aucune règle, hormis celle dont je fus le Témoin. N'ajoutez pas de lois à celles de celui qui a donné la Loi, afin de ne pas en devenir les esclaves. » Ayant dit cela, Il partit. Les disciples étaient dans la peine; ils versèrent bien des larmes, disant : « Comment se rendre chez les païens et annoncer l'Évangile du Royaume du Fils de l'Homme ? Ils ne l'ont pas épargné, comment nous épargneraient-ils ? »
Alors, Marie se leva, elle les embrassa tous et dit à ses frères : « Ne soyez pas dans la peine et le doute, car Sa Grâce vous accompagnera et vous protégera : louons plutôt Sa grandeur, car Il nous a préparés. Il nous appelle à devenir pleinement des êtres humains. » Par ces paroles, Marie tourna leurs cÏurs vers le Bien ; ils s'éclairèrent aux paroles du Maître.
[PAGE 10]
Pierre dit à Marie : « Soeur, nous savons que le
Maître t'a aimée différemment des autres femmes. Dis-nous les paroles qu'Il
t'a dites, dont tu te souviens et dont nous n'avons pas la connaissance... »
Marie leur dit « Ce qui ne vous a pas été donné d'entendre, je vais vous
l'annoncer : j'ai eu une vision du Maître, et je Lui ai dit : « Seigneur,
je Te vois aujourd'hui dans cette apparition.» »
II répondit « Bienheureuse, toi qui ne te troubles pas à ma vue. Là où
est l'intellect, là est le trésor. » Alors, je Lui dis : « Seigneur,
dans l'instant, celui qui contemple Ton apparition, est-ce par l'âme qu'il
voit ? Ou par l'esprit ? » Le Maître répondit : Ni par l'âme ni par l'esprit
; mais l'intellect étant entre les deux, c'est lui qui voit et c'est lui qui
[...] »
[...]
(Quatre pages manquantes)
[...]
[PAGE 15]
«Je ne t'ai pas vu descendre, mais maintenant je te vois
monter », dit le Désir, « Pourquoi mens-tu, puisque tu fais partie
de moi ? « L'âme répondit : « Moi, je t'ai vue, toi, tu ne m'as
pas vue. Tu ne m'as pas reconnue; j'étais avec toi comme avec un vêtement,
et tu ne m'as pas sentie. »
Ayant dit cela, elle s'en alla toute joyeuse. Puis se présenta à elle la troisième
atmosphère, appelé Ignorance ; celle-ci interrogea l'âme, lui demandant :
« Où vas-tu ? N'as-tu pas été dominée par un mauvais penchant ? Oui,
tu étais sans discernement, et tu as été asservie. »
L'âme dit alors « Pourquoi me juges-tu ? Moi je n'ai pas jugé. On m'a
dominée, moi je n'ai pas dominé ; on ne m'a pas reconnue, mais moi, j'ai reconnu
que tout ce qui est composé sera décomposé sur la terre comme au ciel. »
[PAGE 16]
Libérée de cette troisième atmosphère, l'âme continua de monter. Elle aperçut la quatrième atmosphère. Elle avait sept manifestations. La première manifestation est Ténèbres; la seconde, Désir ; la troisième, Ignorance; la quatrième, Jalousie mortelle; la cinquième, Emprise charnelle; la sixième, Sagesse ivre; la septième, Sagesse rusée. Telles sont les sept manifestations de la Colère qui oppriment l'âme de questions « D'ou viens-tu, homicide ? Ou vas-tu, vagabonde ? » L'âme répondit : « Celui qui m'opprimait a été mis a mort ; celui qui m'étreignait n'est plus ; mon désir alors s'est apaisé, et je fus délivrée de mon ignorance. »
[PAGE 17]
« Je suis sortie du monde grâce à un autre monde ; une représentation s'est effacée grâce a une représentation plus haute. Désormais je vais vers le repos où le temps se repose dans l'Éternité du temps. Je vais au Silence ». Après avoir dit cela, Marie se tut. C'est ainsi que le Maître s'entretenait avec elle. André prit alors la parole et s'adressa à ses frères : « Dites, que pensez-vous de ce qu'elle vient de raconter ? Pour ma part, je ne crois pas que le Maître ait parlé ainsi; ces pensées diffèrent de celles que nous avons connues. »
Pierre ajouta « Est-il possible que le Maître se soit entretenu ainsi, avec une femme, sur des secrets que nous, nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes, écouter tous cette femme ? L'a-t-Il vraiment choisie et préférée à nous ? »
[PAGE 18]
Alors Marie pleura. Elle dit a Pierre : « Mon frère Pierre, qu'as-tu dans la tête ? Crois-tu que c'est toute seule, dans mon imagination, que j'ai inventé cette vision ? ou qu'à propos de notre Maître je dise des mensonges ? » Levi prit la parole « Pierre, tu as toujours été un emporté ; je te vois maintenant t'acharner contre la femme, comme le font nos adversaires. Pourtant, si le Maître l'a rendue digne, qui es-tu pour la rejeter ? Assurément, le Maître la connaît très bien Il l'a aimée plus que nous. Ayons donc du repentir, et devenons l'être humain dans son intégrité ; laissons-Le prendre racine en nous et croître comme Il l'a demandé. Partons annoncer l'Évangile sans chercher a établir d'autres règles et d'autres lois en dehors de celle dont Il fut le témoin. »
[PAGE 19]
Dès que Levi eut prononcé ces mots, ils se mirent en route pour annoncer l'Évangile.